
Le secours 4G/5G est devenu le filet standard des sites professionnels après le cuivre — encore faut-il qu’il tienne le jour où tout repose sur lui. Or beaucoup de « secours » installés ne sont ni mesurés, ni dimensionnés, ni testés : une clé 4G choisie au hasard, un forfait pris au moins cher, et la découverte le jour J que le signal est mauvais, l’enveloppe épuisée en deux heures et la téléphonie inutilisable. Voici la méthode en cinq étapes pour dimensionner un secours qui mérite son nom.
Étape 1 : mesurer la couverture réelle — au bon endroit
La couverture théorique des cartes ne dit rien du local technique où sera posé le routeur — souvent le pire endroit radio du bâtiment. Mesurez sur place, chez plusieurs opérateurs, à l’emplacement réel de l’équipement : débit montant et descendant, latence, stabilité sur plusieurs jours si possible. Deux conséquences pratiques : le choix de l’opérateur de secours peut différer de l’opérateur principal (c’est même souhaitable), et une antenne extérieure — quelques dizaines d’euros — transforme souvent un signal médiocre en lien solide. En zone vraiment mal couverte, le plan B du plan B s’appelle satellite LEO.
Étape 2 : calculer le débit des usages vitaux — pas de tous les usages
Le secours n’a pas à répliquer le confort de la fibre : il doit porter les usages vitaux, définis à l’avance. Ordres de grandeur utiles : un appel voix consomme environ 0,1 Mbit/s (une dizaine d’appels simultanés tiennent dans 1 Mbit/s), un terminal de paiement presque rien, les applications métier en ligne quelques Mbit/s, la visio 2 à 4 Mbit/s par flux. Un site de dix personnes vit très correctement en mode secours avec 10 à 20 Mbit/s stables — à condition d’avoir coupé le superflu, ce qui est l’objet de l’étape 3. Les prérequis de la voix (latence, gigue) restent valables en 4G : voir QoS et qualité de la voix.
Étape 3 : prioriser — le mode dégradé se configure à l’avance
Le jour de la panne, tout le monde continue de travailler « normalement » — et les sauvegardes cloud, mises à jour et vidéos saturent le lien de secours en quelques minutes, tuant la téléphonie au passage. La parade se configure avant : sur bascule en mode secours, le routeur doit prioriser voix et paiement, laisser passer les applications métier, et bloquer ou brider le reste (mises à jour, streaming, sauvegardes montantes). C’est un réglage d’une heure qui fait la différence entre « on a continué à travailler » et « le secours n’a servi à rien ».
Étape 4 : choisir l’enveloppe data — le vrai piège des forfaits
Un site professionnel en mode secours consomme vite : comptez, usages bridés, de l’ordre de 1 à 5 Go par jour pour une petite équipe — bien plus si la priorisation manque. Un forfait de 20 Go peut donc s’épuiser en une semaine de panne, précisément quand on en a besoin ; et un forfait « bloqué » coupe alors le secours lui-même. Choisissez une enveloppe cohérente avec le scénario dimensionnant (combien de jours de panne devez-vous tenir ? une GTR 4 h sur le lien principal change la réponse), et préférez les offres qui réduisent le débit sans couper une fois l’enveloppe atteinte. Les offres M2M/professionnelles dédiées au secours existent chez la plupart des opérateurs.
Étape 5 : tester, puis re-tester — un secours non testé n’existe pas
Le test de mise en service ne suffit pas : les SIM se désactivent, les antennes se débranchent, les configurations dérivent. Instituez le test périodique tracé — typiquement trimestriel : débrancher le lien principal, vérifier la bascule, passer un appel, faire une transaction de paiement, noter le résultat. Dix minutes qui valident (ou non) toute l’architecture décrite dans les architectures de secours de lien. Dans les organisations soumises à des exigences de continuité (voir NIS2), ce test tracé est de toute façon attendu.
En synthèse
- Mesurer la couverture réelle, multi-opérateurs, à l’emplacement du routeur — antenne extérieure au besoin.
- Dimensionner sur les usages vitaux : 10-20 Mbit/s stables suffisent à une petite équipe bien priorisée.
- Configurer le mode dégradé à l’avance : voix et paiement d’abord, superflu bridé.
- Enveloppe data cohérente avec la durée de panne à tenir, sans coupure sèche à l’épuisement.
- Tests périodiques tracés — sinon le secours n’existe que sur le papier.
Les débits et volumes cités sont des ordres de grandeur indicatifs, variables selon les usages et la couverture locale ; ils sont donnés à visée de méthode et se valident par la mesure sur site.
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Pour aller plus loin
- Secours de lien : actif/passif, actif/actif, bascule automatique — les architectures
- Résilience et secours mobile : assurer la continuité de service
- Box 4G/5G fixe : quand est-ce une vraie alternative à la fibre ?
- Internet par satellite (LEO) : pour quels sites après le cuivre ?
Un secours à mettre en place — ou à fiabiliser ?
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