
Derrière le débat sur la fermeture du cuivre se joue une réalité mesurable : la fonte du parc de lignes téléphoniques fixes historiques au profit de la voix sur fibre. Les chiffres de l’Arcep permettent d’objectiver cette bascule et d’en mesurer le rythme, ce qui intéresse directement toute organisation encore raccordée en analogique.
Un parc global en contraction
Fin décembre 2025, la France comptait 35,8 millions de lignes téléphoniques fixes, tous supports confondus : cuivre, fibre optique de bout en bout, fibre coaxiale, technologies sans fil et box 4G/5G à usage fixe. Ce parc continue de diminuer, au rythme de 1,5 % sur l’année 2025, soit une baisse de 545 000 lignes en un an. La contraction du nombre total de lignes traduit un double mouvement : l’abandon progressif de la voix fixe au profit du mobile pour certains usages, et la migration technologique des lignes restantes.
La voix sur large bande devenue dominante
La transformation la plus nette porte sur le support des lignes. La proportion de lignes en fibre optique progresse d’environ dix points par an depuis 2020, au détriment des lignes cuivre, RTC et DSL. Fin décembre 2025, près de huit lignes téléphoniques fixes sur dix, soit 28,2 millions, étaient actives en voix sur large bande. La grande majorité des abonnements téléphoniques, 93 %, sont désormais en voix sur large bande, principalement portée par la fibre optique.
Autrement dit, la téléphonie fixe traditionnelle sur cuivre, celle du RTC, est devenue résiduelle en volume. Elle ne concerne plus qu’une fraction du parc, mais cette fraction reste critique car elle inclut des sites et des équipements qui n’ont pas encore migré.
Ce que le résiduel recouvre
Le parc encore actif sur cuivre ne se limite pas à des postes téléphoniques classiques. Il englobe une part importante d’équipements dits invisibles, raccordés à une ligne analogique et souvent oubliés des inventaires : systèmes d’alarme, télésurveillance d’ascenseurs, terminaux de paiement, dispositifs de contrôle d’accès. Ces équipements relèvent fréquemment de prestataires différents de l’opérateur télécom, avec leurs propres délais de migration. Leur identification est un préalable à toute planification de bascule.
La fermeture technique du réseau cuivre implique l’arrêt de l’ensemble des services reposant sur le RTC, mais aussi sur l’ADSL, le VDSL et le SDSL. Une ligne analogique qui semblait anodine peut donc porter une fonction métier critique dont l’interruption a des conséquences opérationnelles ou réglementaires.
Un rythme de fonte plus rapide que le calendrier réglementaire
Le point notable est que le parc cuivre se vide sous l’effet du marché avant même que les fermetures techniques ne l’imposent partout. La dynamique commerciale de la fibre, la fin de la commercialisation des offres cuivre et l’anticipation des entreprises font que de nombreuses lignes basculent volontairement. Cette avance du marché sur le calendrier réglementaire réduit progressivement le volume de lignes à traiter en urgence, mais concentre la difficulté sur les cas les plus complexes : sites mal desservis en fibre, équipements spécifiques, organisations n’ayant pas encore engagé leur migration.
Ce que ces chiffres impliquent pour un décideur
Pour une direction, ces données livrent un message clair : être encore sur cuivre en 2026, c’est désormais faire partie d’une minorité en voie d’extinction, avec une échéance de coupure fixée par le lot de fermeture de sa commune. La question n’est plus de savoir s’il faut migrer, mais quand la coupure de la zone interviendra et si l’organisation aura inventorié à temps l’ensemble de ses usages raccordés au cuivre, y compris les moins visibles.
Source : Arcep, observatoire des marchés des communications électroniques, données provisoires année 2025 (publication mai 2026) ; Arcep, dossier sur la fermeture du réseau cuivre.
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Pour aller plus loin
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